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KELIUAISIKIQS – KARIM NOURELDIN

DU 7 MARS AU 5 JUILLET 2015

 

Et si, depuis le XVIIIe siècle, le jaune kaki de la pierre n’avait attendu qu’une chose : entrer dans la ronde des couleurs. Trois bleus, trois rouges se relayent sans cesse sur les murs du CACY. Leurs nuances varient selon leurs rencontres, vibrent différemment dépendant de leur orientation horizontale ou verticale. Emportées dans la sphère d’une peinture abstraite monumentale, les bandes de couleur évoquent des papiers peints, des tissages solides, des compositions pop et avant toute chose des rythmes. Durant le montage de l’exposition, un smartphone a diffusé en alternance techno, jazz ou musique orientale. Et si les couleurs portaient en elle les sonorités de cette playlist ? Comme dans d’autres projets intégrés réalisés par Karim Noureldin, difficile de savoir si la musique a déteint sur l’architecture ou si la « musique visuelle » de la peinture étirée sur les murs invite au mouvement. Les nombreux rendez-vous musicaux qui auront lieu au sein du CACY durant l’exposition – performances d’Ensemble Vide (2 mai, 6 juin et 5 juillet), Fête de la Danse (8-9 mai), Fête de la Musique (20 juin) – éclairciront sans aucun doute cette question. Renvoi d’ascenseur donc entre couleurs – nées sur fond musical – et musique – produite a posteriori sur fond de peinture.

Assemblage subtil d’éclats sonores, Keliuaisikiqs joue à un degré certain avec la forme de l’allitération. Ses lettres ne s’expliquent ni par leur désordre apparent ni par leur étrange sonorité. Invention de l’esprit, Keliuaisikiqs nomme ce moment éphémère, projet temporaire, temps en suspension, ici au centre-ville d’Yverdon-les-Bains. Keliuaisikiqs n’a pas d’origine culturelle particulière. Comme son auteur, Karim Noureldin, né à Zurich, moitié helvète, moitié égyptien, et lausannois d’adoption. Keliuaisikiqs se situe hors du temps, hors des frontières, hors des contraintes et réinvente un lieu vénérable, protégé par le patrimoine, adulé par ses citoyens. Non sans audace, l’installation Keliuaisikiqs ose tenir tête à la puissante architecture de cette ancienne grenette. La peinture se fait rivale de la pierre jaune d’Hauterive. Deux géométries abstraites qui s’opposent pourtant en tous points : si la pierre est une vieille dame de quelque 200 ans, la peinture n’a une durée de vie qui n’excédera pas les quatre mois de l’exposition. La première dessine des arcs élancés quand la seconde structure des rayures à l’infini, cassées parfois par des angles à 90 degrés. Au cœur de cette composition élaborée à coups de scotchs et de rouleaux se dissimule un nœud originel foisonnant et hétéroclite : dans une petite salle on découvre une grotte aux couleurs vives, une palette libre faite d’aplats puissants, transfigurant le poids des murs en une mosaïque hors normes et sans poids. Tout semble avoir commencé là : il y avait de tout, dans tous les sens. Puis le scénario de l’exposition s’est organisé, liant les différents espaces du CACY entre eux par une articulation élégante, tenue par la ligne. Car tout a à voir avec la ligne chez Karim Noureldin. Keliuaisikiqs pourrait être comprise comme une apologie du trait. L’artiste a en effet la particularité de développer un travail qui passe toujours par le crayon – comme c’est le cas stricto sensu dans ses grands dessins encadrés (Play, 2014 ; Evo, 2007). Tout a été dessiné à la main dans cette exposition, et tout avait été jeté préalablement sur le papier depuis une année au sein de l’atelier. Quelque 90 croquis en sont sortis avant que le trait ne se fige une fois pour toute sur les murs et sur le plafond du CACY. Le trait a pris possession du lieu, le lieu est devenu objet, l’architecture support de l’œuvre et aucun élément de cette gigantesque peinture ne pourrait être désormais décontextualisé. Il s’agit là d’un environnement à vivre ici et maintenant.

Karine Tissot

Vernissage le 7 mars 2015, 17.00
Vidéo de l’exposition à visionner ici
Keliuaisikiqs est un projet inédit imaginé par Karim Noureldin pour le Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains. Support du travail, l’architecture devient objet, elle prête pour l’exercice murs et plafond, sans exception. Au croisement des pratiques de wall drawing mises en place par Sol LeWitt à la fin des années 1960 et de la tradition, bien plus ancienne, des fresques hautes en couleurs qui se pratiquaient dans les églises d’antan, Keliuaisikiqs réveille des images du passé et donne à voir cette architecture historique sous un nouveau jour.

De nombreux événements performatifs viendront ponctuer cette exposition qui dure exceptionnellement 4 mois. Ainsi des invitations sont faites à l’Echandole lors du festival d’improvisation, à l’ensemble vide, à l’Amalgame, au Musée de la Mode, à la fête de la danse, et à bien d’autres.

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Autour de l'exposition

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Ville d'Yverdon-les-Bains
   
   
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