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LE JARDIN D’OMAR

DU 7 JUIN AU 10 AOÛT 2014

 

« A moins qu’il ne tombe une pluie violente, Mrs Pritchard passait environ la moitié de sa journée dehors, à travailler dans son jardin. C’était un jardin fait pour être admiré, et non un endroit où l’on pourrait rester longtemps assis. » (Ahmed et Madame, Paul Bowles)

Havre de paix et de fraîcheur, plongé dans la pénombre, Le Jardin d’Omar n’est pas le titre d’une nouvelle, mais cela aurait pu. Dans cette première exposition monographique présentée au CACY, il y a l’idée de raconter une histoire ou des histoires. Bernard Voïta vous invite dans une exposition qui ne pourrait exister ailleurs, celle-ci s’étant élaborée en fonction du contexte particulier de cette architecture, tout en présentant ses derniers travaux. Dans la pénombre, préservé du bruit extérieur, le Jardin d’Omar relève d’une fraîcheur qui tient au fait qu’il n’existe que dans le moment présent de son exposition : le soir, une fois les interrupteurs éteints, les leporellos et les affiches pourraient être pliés rapidement, et il n’existerait alors tout simplement plus. Cette parfaite mise en condition du moment présent est propice à éveiller le regard et l’esprit qui, dans une complicité amusée, peuvent se frayer leur propre voie sur les chemins de l’observation et de l’imagination. Ne pas rester passif devant les images, y mettre du nôtre pour qu’elles se révèlent à nous : qu’est-ce que je vois, qu’est-ce que je perçois, qu’est-ce que je crois avoir vu ? Toutes ces questions coexistent. Melencolia est le titre donné à cette nouvelle série de photographies entamée l’an dernier : des images construites en noir et blanc dans le capharnaüm savamment agencé de l’atelier racontent des formes à découvrir avec un regard qui pourrait bien s’enthousiasmer de voir ce qu’il n’y a pas et de pas voir ce qui pourtant est. Voïta n’est pas un photographe, mais un plasticien, dont le travail pousse à regarder plutôt qu’à voir. Travaillant avec la photographie avant que le médium ne devienne une technique reconnue parmi d’autres dans l’art contemporain, rejoint par la vague des photographes plasticiens depuis les années 1990, il ne procède par aucun trucage lors du tirage. Son art est un jeu d’équilibre sensible entre la présence d’une image apparemment abstraite, sa réception, sa perception et sa compréhension. Ce nouveau travail, Melencolia, fait référence à la célèbre gravure personnifiant la Mélancolie, d’Albrecht Dürer. Comme le soutenait Aristote déjà et comme on le pensait à la Renaissance, la mélancolie ou bile noire, serait le propre de l’artiste, soumis à l'influence astrale de Saturne. Dans cette gravure, le protagoniste principal est un ange, appuyé sur sa main et entouré d’objets qui saturent l’espace. Son inertie contraste avec son hyperactivité mentale supposée. Les images de Bernard Voïta sont des projections immatérielles qui, elles, contrastent avec l’hypermatérialité de leurs compositions.

Dans le silence de cette exposition, seuls les objets accumulés font du bruit quand d’autres mots chuchotent. Des annonces de bonne aventure, des promesses de bonheur se découvrent au détour de la géométrie d’un leporello, quand des noms de plantes s’égrènent sur des affiches sur des airs de pharmacopée, enrobées de halos de lumière. Voilà le genre d’herbes qui poussent dans Le Jardin d’Omar, qui est à comprendre comme un terrain de jeu, au sens conceptuel. Comme une superposition possible de différents niveaux : les mots peuvent s’additionner aux formes et inversement. Omar est un voyant, spécialiste du bonheur… lit-on sur un leporello. Omar résonne en tout cas comme une présence humaine quand bien même l’exposition ne présente que des objets réels ou photographiés. Une manière de donner une place à l’homme en associant un prénom à cette exposition. On relèvera que les photographies cristallisent des formes géométriques sur les murs, qu’un leoporello se déploie à l’instar d’une palette de couleur et que, quelque part, toutes ces pièces donnent à voir des questions venues de la peinture.

Vernissage le 7 juin 2014, 17.00 jusqu’à 23.00 – pendant la Nuit des Musées d’Yverdon-les-Bains

Autour de l'exposition

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