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TRAIT PAPIER, un essai sur le dessin contemporain

DU 17 AOÛT AU 20 OCTOBRE 2013

 

Le dessin à l’heure du copier-coller

Lent, envahissant, un bruit de roulement de vagues occupe progressivement tout l’espace. La salle investie par Koka Ramishvili nous immerge dans une ambiance maritime envoûtante, énergique et puissante. L’installation est pourtant constituée en toute simplicité d'un écran présentant le même geste indéfiniment répété : un trait de crayon faisant un aller-retour sur une même feuille. Au coin d’une table, sur la page d’un cahier ou sur une feuille de papier, la pointe d’une mine de plomb frottée produit généralement un son à peine perceptible. En sourdine, ce dernier annonce une idée en devenir, écrite ou dessinée. Augmenté, répété, démultiplié, ce bruit est transcendé – sans avoir été pourtant en rien modifié – dans le dispositif mis en place par l’artiste géorgien, au profit d’une vision de mer imaginaire évoquant toutefois un lointain existant : Black Sea. Hésitant entre l’expression d’un devenir – de ce que ce trait pourrait créer – et celle d’un passé – de cette action désormais fixée sur la « pellicule » –, le dispositif vidéo fait de l’humble geste du dessinateur un élan sublimé et monumental.

Comme un acte de résistance à la numérisation du monde actuel, le dessin fait acte de création par les moyens les plus pauvres qui soient : de l’encre ou du graphite, du papier… et un univers s’ouvre, des perspectives traversent les pages, des expressions prennent forme, des projets sont lancés. Longtemps cantonné au rang d’étape préparatoire, le dessin tient aujourd’hui une place prépondérante dans le champ de l'art. À l’heure du copier-coller, force est de constater que le dessin ne se définit plus uniquement en traces déposées par un geste, sur des papiers de natures et de formats différents. Dès lors, qu’en est-il de cette pratique ? Trait papier propose un essai sur le dessin contemporain et la conversion des matériaux avec les paramètres que sont le temps et l’espace. L’exposition se concentre sur une approche particulière du dessin, caractéristique d’expressions contemporaines : comment le trait s’est-il émancipé ? Comment a-t-il quitté son support de prédilection qu’est le papier pour devenir installation, animation, espace ? Les bandes magnétiques mises en tension autour des colonnes du Centre d'art par Robert Currie, le filet dessiné dans l'espace par Sara Masüger ou les arceaux récupérés à la voirie par Nicolas Muller sont quelques-unes des réponses à cette question. À l’inverse, comment se fait-il de nos jours que le papier ait désormais un droit d’existence par et pour lui-même ? Les pièces travaillées minutieusement par Sophie Bouvier-Ausländer, celles, minimales, d’Ignacio Uriarte sont quelques exemples parlants de ce mode d’expression. Le papier de verre est récupéré de l'industrie par Emmanuel Régent ou Harold Bouvard, incisé à la façon baroque par Andrea Mastrovito ou sublimé par Yuken Teruya. Brûlé par Manon Bellet, structuré par Valérie Portmann, il laisse passer la lumière qui révèle sa texture, sa densité. Seçkin Pirim, quant à lui, a « taillé » dans l’épaisseur de livres. Matière non négligeable quand on songe que l’histoire du papier est inextricablement liée à celle du livre. Aussi, l'installation abstraite d'Alois Godinat et celle, en hauteur, de Peter Wüthrich, forcent le regard à y lire d'autres histoires que celles qui sont renfermées à l'intérieur des pages.

En collaboration avec la Kunsthalle Palazzo de Liestal (Bâle), où un autre volet de la même exposition est présenté du 23 août au 13 octobre, des artistes de provenance internationale ont développé des projets inédits pour ces deux centres d'art. Trait Papier est la suite de l'exposition qui s'est tenue au Musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds du 12 mai au 12 août 2012.

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Ville d'Yverdon-les-Bains
   
   
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